Reflets du cinéma espagnol

Une rencontre en Mayenne - Une fenêtre sur le monde

C'est une tradition bien établie à Atmosphères : dans toutes nos activités en Mayenne, nous privilégions un travail de fourmi, souterrain, opiniâtre, régulier qui vise à initier, former et fidéliser sur une longue durée un public d'amoureux et de connaisseurs du cinéma. Pour donner un seul exemple - le plus emblématique - les enseignants de Ciné-Ecole, autour de Maurice Ferré, ont permis aux jeunes de 10 collèges et lycées du Nord Mayenne de voir pendant 7 ans (c'est-à-dire, pour les plus chanceux, un cycle complet d'études de la 6e à la terminale) en salle de cinéma sur temps scolaire une sélection de 15 à 20 films, retenus pour leur qualité et leur adaptation à telle ou telle tranche d'âge, avec à chaque fois le souci d'un accompagnement pédagogique approprié. Et l'expérience continue, contre vents et marées...

Autant le dire : nous nous méfions des paillettes et des flonflons, du spectaculaire sans lendemain et spécialement des "festivals" qui ont fleuri un peu partout en France et qui nous paraissent suspendus dans le vide.

Pourquoi alors mettre aujourd'hui au premier plan ces Reflets du cinéma espagnol ?

A plusieurs reprises déjà à Mayenne nous avons organisé, à la satisfaction du public, semble-t-il, des "quinzaines" autour d'un thème (films d'amour...) ou d'un territoire géographique (la Pologne, l'Afrique, les Balkans...) et c'est dans le même esprit que nous tentons aujourd'hui une extension à l'ensemble du département.

Nous avons voulu notre manifestation d'abord comme un rendez-vous, une rencontre (avec ce que cela comporte de hasards et de plaisirs), une occasion de décloisonnement et d'intégration de tous ceux qui oeuvrent en Mayenne, chacun à leur manière, en faveur de l'art cinématographique : équipes au sein d'Atmosphères, associations amies de Cinétoile (Laval) et Lumières (Château-Gontier), exploitants de salles, établissements scolaires, partenaires culturels, mécènes, élus locaux...

Nous avons voulu en même temps, à travers le grand écran du cinéma, une ouverture au monde extérieur et nous avons choisi cette fois-ci de partir à la découverte de l'Espagne, ce pays âpre et tumultueux, dont la langue est enseignée dans nos écoles, héritier d'une vieille civilisation et, depuis la fin du franquisme, en plein renouvellement culturel (avec la fameuse "movida"). En dehors des films de maîtres comme Luis Buñuel, Carlos Saura et Pedro Almodovar et de quelques acteurs comme Fernando Rey, Victoria Abril, Carmen Maura, nous connaissons mal le cinéma espagnol ; en quelques mois, nous avons appris un peu à le connaître et nous vous proposons maintenant quelques-unes de nos découvertes, en espérant vous faire partager notre plaisir.

Si le public mayennais est lui aussi au rendez-vous, nous souhaitons prolonger cette première tentative, instituer une rencontre départementale annuelle des amoureux du cinéma. Mais c'est à vous d'en décider...

Le président délégué d'Atmosphères, Antoine Glémain

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Demandez le programme...

Le cinéma espagnol est méconnu en France, où il est relativement peu programmé : il semble se réduire aux yeux de beaucoup aux films à succès de Pedro Almodovar. Mais une telle approche ne rend justice ni au talent très particulier d'Almodovar ni aux mérites d'une pléiade d'autres cinéastes, jeunes et moins jeunes, d'une étonnante diversité.

Nous avons pris le parti justement de la plus grande diversité en choisissant de vous présenter un panorama de la production espagnole de ces vingt-cinq dernières années avec le principe "un film / un réalisateur".

Le film le plus ancien de notre sélection date de 1972 : c'est L'Esprit de la ruche de Victor Erice, un cinéaste rare qui n'a réalisé dans sa carrière que trois films (avec Le Sud et Le Songe de la lumière) - mais tous des chefs d'oeuvre. L'Esprit de la ruche est une méditation sur l'enfance - et peut-être en même temps sur la fin du franquisme - teintée de fantastique, où l'on découvre la toute jeune actrice Ana Torrent, qui triomphera une peu plus tard dans Cria cuervos de Saura.

Le film le plus récent est Tierra de Julio Medem, présenté en 1996 au festival de Cannes et que nous découvrirons avec vous en avant-première à Mayenne, Laval, Evron et Château-Gontier (séances sur invitation). Medem est un jeune cinéaste basque prometteur, lui aussi inspiré par le fantastique, à qui nous devons déjà Vacas et L'Ecureuil rouge.

La Vaquilla, du vétéran Luis Berlanga, énorme succès public des années 80, a eu une grande importance historique en Espagne : c'était le premier film qui entreprenait de démystifier la guerre civile. On peut encore aujourd'hui en savourer l'humour à la fois bouffon et amer.

Chacun à leur manière, Le Maître d'escrime de Pedro Olea et Amants de Vicente Aranda évoquent, à l'arrière-plan de leurs intrigues passionnelles, le passé d'une Espagne corsetée dans ses conventions alors que Belle époque de Fernando Trueba aborde le début des années 30 sur le ton de la comédie légère avec un quarteron de splendides actrices.

Deux films - La Casa de Bernarda Alba de Mario Camus et Noces de sang de Carlos Saura - sont des adaptations de Garcia Lorca, le premier strictement fidèle à la pièce d'origine, le second variation plus libre autour du ballet flamenco créé à partir du texte de Lorca par la troupe d'Antonio Gades. Ces films projetés en séances spéciales à Laval et à Mayenne seront complétés par des lectures de poèmes de Lorca par Jean-Luc Bansard, du Théâtre du Tiroir.

Tasio de Montxo Armendariz est une histoire simple et émouvante qui montre un charbonnier défendant farouchement sa liberté, tandis que le film La Veillée, lui aussi fortement inscrit dans un monde rural en perdition, présente une succession de cinq contes d'inspiration très variée.

Le film d'Almodovar que nous avons retenu - Matador - n'est pas aussi connu que Talons aiguilles, Kika ou Femmes au bord de la crise de nerfs, mais c'est une de ses oeuvres les plus puissantes, nourrie de toute la culture hispanique, poussant à leur paroxysme les jeux du sexe et de la mort.

Justino, le tueur du troisième âge de La Cuadrilla et Personne ne parlera de nous quand nous serons mortes de Agustin Diaz Yanes sont, enfin, des films très récents, sortis en France en 1996 : l'un est un petit bijou d'humour noir, l'autre très dur et déconcertant, révèle une inhabituelle Victoria Abril.

Dernière minute : nous pourrons vous présenter aussi le film Tesis d'Alejandro Amenabar, qui vient de sortir sur les écrans parisiens. Ce thriller impressionnant, qui est aussi une réflexion sur la violence télévisuelle et les snuff movies (meurtres filmés en direct), a reçu un accueil élogieux des deux côtés des Pyrénées.

Une série de courts métrages des deux dernières années, obtenus directement d'Espagne - et notamment la trilogie de David Gordon Kikos / Pipas / Chicles - complétera le programme, pour votre plus grande satisfaction, nous l'espérons.

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Programmation

- Amants de Vicente Aranda

- Belle époque de Fernando Trueba

- Noces de sang de Carlos saura

- La Maison de Bernarda Alba de Mario Camus

- L'Esprit de la ruche de Victor Erice

- La Veillée de Juan Maria Martin Sarmiento

- Justino, le tueur du troisième âge de La Cuadrilla

- Le Maître d'escrime de Pedro Olea

- Matador de Pedro Almodovar

- Personne ne parlera de nous quand nous serons mortes de Agustin Diaz Yanes

- Tasio de Montxo Armendariz

- Tesis de Alejandro Amenabar

- Tierra de Julio Medem

- La Vachette de Luis Garcia Berlanga

- Programme de courts métrages
Reflets du cinéma espagnol
du 29 janvier au 18 février 1997


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