Reflets du cinéma d'une Autre Amérique

Une Autre Amérique ? Pour nous Européens, l'Amérique a toujours été le Nouveau Monde, l'Autre par excellence ! Créée par des générations de pauvres émigrants - à l'image du jeune Stavros débarquant à New York dans l'inoubliable film de Kazan, America, America - façonnée par leurs espoirs et leur avidité, leur foi et leur absence de scrupules, leur idéalisme et leur brutalité, elle est la terre de tous les possibles, du grand rêve démocratique. Il n'y a rien d'étonnant à ce que le cinéma, ce "ruban de rêves", se soit épanoui en Amérique, jusqu'à s'identifier à elle : l'Amérique se reconnaît en son miroir hollywoodien et entreprend de façonner le monde à son image en la diffusant dans le monde entier.


America, America


Pourtant, évidemment, la réalité de l'Amérique ne coïncide pas tout à fait avec le rêve qu'elle projette d'elle-même. Elle reste, pour une petite partie, peuplée par ces autochtones qu'elle s'est obstinée à dénommer Indiens ou, plus absurdement encore aujourd'hui, "Native Americans", tout en les dépossédant de leurs terres, de leurs biens et de leur propre imaginaire. Quant aux vagues successives d'émigrants, elles ne se sont pas fondues entièrement dans le creuset du "melting pot", elles tendent plutôt à se figer en communautés (Noirs, Chicanos, Asiatiques, Francophones du Québec et de Louisiane, voire minorités sexuelles, sectes...) veillant à affirmer leurs différences et leurs héritages séparés. Et que dire de tous les exclus de l'Amérique, de ceux qui échouent tout simplement, dans leur travail, dans leurs projets, dans leurs vies, alors que le présupposé même du rêve américain est que tous peuvent et doivent "réussir".

En dehors des grands studios hollywoodiens un "autre cinéma américain" s'est donc constitué. Ce cinéma dit "indépendant", expression des marges et des minorités, explore la réalité prosaïque de l'Amérique, s'ouvre à la diversité de ses langues et de ses communautés et n'hésite pas à fouiller ses plaies sociales, tout en se montrant souvent soucieux d'innovations formelles - en dépit, ou peut-être à cause, de ses faibles moyens. Reconnaissons-le, dans son obsession à exhiber les signes de son indépendance, il tombe facilement aussi dans certains travers : esprit de ghetto, manie du "politiquement correct", surenchère lassante des provocations, poses esthétisantes, complaisance dans le glauque... Dans la sélection de films proposés au public mayennais nous avons essayé d'éviter toute cette imagerie "branchée" pour ne retenir, dans la production des dernières années, que ce qui nous a semblé le meilleur - le plus talentueux, le plus varié, le plus authentique - du cinéma indépendant.

Mais, à nos yeux, le "cinéma d'une Autre amérique" ne se réduit pas au cinéma indépendant, pas plus que "l'Autre Amérique" ne se ramène aux marges de l'Amérique officielle. Les grands artistes américains ne se sont jamais contentés d'opposer la réalité désenchantée de l'Amérique à ses songes illusoires. Ils adhèrent intimement au rêve américain (même et surtout les plus rebelles, les Henry Miller, les Robert Johnson, les Orson Welles...) et en révèlent dans leurs oeuvres la portée universelle, mais ils expriment en même temps les doutes, la culpabilité secrète, la démence latente, le Mal, internes au rêve. C'est la substance même du blues et des merveilleuses ballades des Appalaches, c'est l'histoire du citoyen Kane et du policier Quinlan, et du capitaine Achab à la poursuite de la baleine blanche, et tout autant du prêcheur fou de La Nuit du chasseur, dont le dualité Love/Hate est inscrite à même la chair.


La Nuit du chasseur


L'Autre Amérique, c'est le rêve américain non amputé de sa part maudite, la seule amérique qui vaille, celle qui est présente dans les grandes oeuvres plébéiennes de l'art américain, et tout particulièrement dans ses meilleurs films, étiquetés indépendants ou non, d'hier ou d'aujourd'hui. Nous avons la fierté et le plaisir d'offrir au public mayennais quelques reflets de ce cinéma américain qui nous est si cher.

Antoine Glémain

__________


Programmation

- Almost famous de Cameron Crowe

- Brooklyn Babylon de Marc Levin

- Buffalo 66 de Vincent Gallo

- Bully de Larry Clark

- Gummo de Harmony Korine

- I am Josh Polonski's brother de Raphael Nadjari

- Made in the USA de Solveig Anspach et Cindy Babski

- Mulholland drive de David Lynch

- Maelström de Denis Villeneuve

- Panic de Henry Bromell

- Phoenix Arizona de Chris Eyre

- Requiem for a dream de Darren Aronofsky

- Scratch de Doug Pray

- Sunday de Jonathan Nossiter

- The deep end de Scott McGehee et David Spiegel

- The dream catcher de Ed Radtke

- The second civil war de Joe Dante

- Post mortem de Louis Bélanger

- In the company of men de Neil LaBute

- Atanarjuat, the fast runner de Zacharias Kunuk

Rétrospective Amos Kollek

- Sue perdue dans Manhattan

- Fiona

- Fast food fast women

- Queenie in love

- Bridget

Programmation scolaire

- Contes de Frédéric Back

- Nanouk l'esquimau de Robert Flaherty

- Matilda de Danny De Vito

- Shrek de Andrew Adamson et Victoria Jenson

- Outsiders de Francis Ford Coppola

- La Nuit du chasseur de Charles Laughton

- Bread and roses de Ken Loach

- La Soif du mal de Orson Welles

- Batman de Tim Burton

- American beauty de Sam Mendes

- PI de Darren Aronofsky

Cinéma expérimental

- Walden de Jonas Mekas

- Scorpio rising de Kenneth Anger

- Scenes from the life of Andy Warhol de Jonas mekas

- Wavelength de Michael Snow

- Ray gun virus de Paul Sharits

- T.O.U.C.H.I.N.G. de Paul Sharits

- Water and power de Pat O'Neill
Reflets du cinéma d'une Autre Amérique
du 13 mars au 27 mars 2002


accueil - programmations - festival reflets du cinéma - éducation au cinéma - autres projets - liens - infos pratiques